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Macroeconomie : Consommation, épargne et investissement

Cours macroeconomie : Consommation, épargne et investissement
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Consommation, épargne et investissement

CH 3 Consommation, épargne et investissement

Il existe deux manières d’utiliser les ressources dont nous disposons : la consommation et l’investissement. Ménages et État consomment, Entreprises et État investissent. Dans le chapitre précédent, nous avons étudié le comportement de l’État. C’est pourquoi, ici, nous allons plutôt analyser le comportement de consommation des ménages et celui d’investissement des entreprises privées. Néanmoins, il ne faut jamais oublier la part socialisée de la consommation et de l’investissement dans l’activité économique, ce sont de véritables leviers de politique économique.

A – L’arbitrage consommation/épargne

Rappelons que consommer et détruire peuvent être pris comme synonymes. Pour le macro-économiste, la consommation signifie la disparition des biens et services du circuit économique. Soit ils disparaissent pour de bon (un kilo de pommes de terre avalé), soit ils rendent un service qui ne passe plus par le marché, c’est-à-dire domestique (une machine à laver familiale).
Avec l’épargne, il s’agit au contraire de conserver. Pourtant nous allons voir ici en quoi le comportement d’épargne ne peut se concevoir indépendamment de la consommation.

  1. Définitions

En termes comptables, la consommation finale (CF) est donnée par la valeur des biens et services marchands et non marchands utilisés pour la satisfaction des besoins individuels. Cela inclut aussi bien les dépenses privées des ménages que les dépenses socialisées faites par l’État au nom des ménages à savoir les services collectifs individualisables et les services collectifs non individualisables déjà évoqués dans la section B du chapitre précédent. La consommation des ménages (C) à proprement parler correspond donc uniquement aux dépenses privées supportées directement par les ménages en fonction de leur revenu disponible après impôts et transferts.
Les américains « détruisent » un pourcentage particulièrement élevé de leurs ressources pour leur consommation, et cette consommation est essentiellement privée car le pourcentage de la consommation finale prise en charge par les APU américaines est au contraire l’un des plus faibles. Quant aux Danois qui ne sont pas de gros consommateurs de leurs ressources, 35,4% de leurs consommations  sont en fait  régies par l’État ! Ces dernières informations  sont cohérentes avec les taux de prélèvements obligatoires vus précédemment.
Pour simplifier les raisonnements qui suivent, on va dans un premier temps négliger la part socialisée de la consommation.
Soit RD le revenu disponible des ménages après impôts et transferts. Quel usage/utilisation font-ils de ce revenu disponible ? Soit ils transforment ce revenu en achats et consommations de biens et services, soit ils conservent ce revenu sous forme d’épargne (E). Il y a un choix, un arbitrage. Ce qui s’écrit aussi : RD = C + E.
L’épargne est ainsi la partie non consommée du revenu disponible, et on appelle taux d’épargne le rapport de l’épargne au revenu disponible :   E/RD  .
Les motifs qui incitent les ménages à épargner sont de trois ordres :

  • l’épargne de précaution : elle permet de se prémunir contre les risques potentiels de la vie (chômage, maladie) ou de se constituer un complément retraite ;
  • la constitution d’un patrimoine : l’objectif est de devenir propriétaire de son logement pour éviter de payer un loyer, ou d’augmenter son capital pour le léguer à ses enfants, etc.,
  • l’épargne de liquidités (par exemple, sous la forme de billets ou d’un compte bancaire non rémunéré) : la monnaie constitue ici une réserve de valeur et un moyen d’échange qui permet d’acquérir des bie

On peut donc considérer que l’épargne est une renonciation à consommer aujourd’hui pour pouvoir consommer demain, voire consommer plus demain. On parle d’arbitrage intertemporel. Pour consommer plus dans le futur, étant donné l’inflation2, il faut qu’un euro de renonciation aujourd’hui soit récompensé par plus d’un euro dans x années. Deux moyens de faire fructifier un euro s’offrent à nous :

  • L’école néo-classique considère que les consommateurs vont d’abord déterminer leur taux d’épargne en fonction du taux d’intérêt r, la consommation est le résidu de ce calcul économique.le placement sur le marché financier : étant donné le taux d’intérêt r du marché, l’euro épargné aujourd’hui me permettra de consommer (1+r)n euros dans n années.
  • l’investissement dans l’activité productive (achat de capital pour produire) : étant donné la rentabilité du capital avancé ou investi r 4, l’euro investi me permettra de consommer (1+rc)n euro dans n année

La variable déterminant le partage entre consommation et épargne devrait donc être le taux d’intérêt ou la rentabilité du capital investi. Ici, on va supposer que les ménages n’investissent jamais directement. Ils placent uniquement leur argent sur le marché financier et les intermédiaires financiers se chargent de leur faire rencontrer les projets d’investissement des entreprises. Comme variable déterminante dans l’arbitrage intertemporel consommation/épargne, on ne retient donc que le taux d’intérêt r.

2.   L’acte premier : consommer ou épargner ?

Entre consommer et épargner, quel est le comportement qui sera déterminé le premier, le second étant relégué au rang de comportement résiduel ? Deux écoles économiques s’opposent en la matière :

  • L’école néo-classique considère que les consommateurs vont d’abord déterminer leur taux d’épargne en fonction du taux d’intérêt r, la consommation est le résidu de ce calcul économique.
  • L’école keynésienne considère au contraire que la consommation est déterminée en premier en fonction du revenu disponible (et ce de manière assez stable), l’épargne étant le résidu.

Selon l’approche keynésienne que l’on va privilégier ici, le choix de consommation prime sur la décision d’épargne, car l’arbitrage repose moins sur un prix (taux d’intérêt r) que sur un comportement psychologique des consommateurs : la « loi psychologique fondamentale ».
Cette loi est formulée par Keynes (chapitre 8 de La théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie) qui s’appuie, dit-il, sur des facteurs psychologiques propres « à la nature humaine » et sur « les enseignements détaillés » des faits économiques. Elle affirme que :

  • la consommation augmente à mesure que le revenu disponible augmente,
  • mais la consommation augmente moins vite que le reve

Cette  loi  est  résumée  dans  un  concept  très  spécifique  à  l’approche  keynésienne :  la propension à consommer, pc. Elle se définit comme le rapport de la consommation totale au revenu disponible : donc pc = C/RD,ou encore C = pc RD. Il faut bien noter que le parameter pc  n’est pas qualifié de « part » ou de « pourcentage » (ce que pc  est pourtant d’un point de vue mathématique) mais de « propension », à savoir de penchant, d’inclination à faire quelque chose. Ce paramètre qui détermine le niveau de consommation, ainsi nommé, représente bien un comportement qui relève du psychologique et non pas du calcul.
Comme on parle de propension à consommer, on peut parler de propension à épargner.
E = RD – C = RD – pc RD = (1 – pc) RD
RD La propension à épargner (1 – p ) est donc égale à   E  , le taux d’épargne. Mais cette fois-ci RDE ne dépend pas de r (un prix), mais de p  (un facteur psychologique).
De manière inverse à la consommation, la loi psychologique fondamentale implique que :

  • l’épargne augmente à mesure que le revenu disponible augmente,
  • mais l’épargne augmente plus vite que le reve

Le niveau d’épargne n’est donc pas calculé (il est indépendant de la rentabilité des marchés financiers). En revanche, la composition de l’épargne, elle, est étroitement liée au taux d’intérêt. Selon r, l’attrait des placements est plus ou moins grand comparé à l’utilité de disposer de monnaie (c’est-à-dire de liquidités) qui, certes, ne rapporte rien mais est instantanément disponible pour régler des transactions (le principe même de la liquidité)6.

3.   La propension à consommer est-elle immuable ?

A la lecture du graphique 8, il semble que la propension à consommer est relativement stable sur le long terme, mais non constante pour autant. Par conséquent, C(t)/RD(t) peut fluctuer en fonction de la date t (avec C(t) la consommation des ménages à la date t et RD(t) le revenu disponible des ménages à la date t). Au niveau individuel, de manière évidente, la propension à consommer évolue avec l’âge. Au niveau macro-économique, on peut lister un certain nombre de facteurs qui vont influencer dans un sens ou un autre l’arbitrage intertemporel consommer aujourd’hui / épargner pour consommer demain
Niveau individuel
Individuellement, les personnes sont attachées à la stabilité de leur consommation. Donc même  si  leur  revenu  disponible  vient  à  changer,  elles  maintiennent  leur  niveau  de consommation. Grâce au crédit et à l’épargne, elles lissent leur niveau de consommation tout au long  de leur cycle de vie. En fait, la contrainte de revenu est intertemporelle. L’important n’est pas de ne pas consommer plus que son revenu disponible à chaque période t, mais de ne pas consommer plus que la somme de ses flux de revenu sur l’ensemble de sa vie. Jouant sur la possibilité de s’endetter ou de se créer un patrimoine pour consommer quand il sera inactif, l’individu peut rendre sa consommation présente indépendante de son revenu présent. On peut parler d’un revenu permanent : le revenu moyen d’une personne au cours de sa vie
Bien sûr, cela nécessite des marchés financiers parfaits, c’est-à-dire qu’il n’y ait pas rationnement du crédit. Si les banques rationnent les ménages dans leur demande de crédit par peur de ne pas être remboursées, alors ces ménages devront bien se résoudre à consommer moins aujourd’hui si leur revenu présent est moindre ! Et le concept de revenu permanent, d’ailleurs beaucoup plus néo-classique que keynésien, n’est pas vérifié.
Niveau national
En agrégeant l’ensemble des ménages, au niveau national, étant donné la coexistence de toutes les générations qui sont à des stades différents de leur cycle de vie, on s’attend à ce que la propension moyenne à consommer soit stable. Pourtant, différents effets macro- économiques peuvent  changer le comportement moyen des ménages  dans leur arbitrage consommation/épargne. Énumérons quatre effets.

  1. Une récession, impliquant une détérioration des ressources des ménages, oblige les ménages à épargner moins ou à désépargner pour maintenir leur niveau de vie : pc augmente. (C’est ce que le Centre d’observatoire économique – COE – diagnostique concernant le fléchissement des réserves financières des ménages français au second semestre 2003).
  1. Une augmentation (baisse) du taux d’intérêt incite à épargner plus (moins) ou à s’endetter moins (plus) : pc diminue (augmente).
  1. L’insécurité économique (chômage plus important impliquant une probabilité d’être au chômage plus grande, ou crise du système de Protection sociale qui fait craindre un non financement possible des retraites) incite à épargner plus pour le motif de précaution : pc diminue.
  1. La dette et le déficit publics peuvent entraîner des effets dits « ricardiens », c’est-à- dire un surcroît d’épargne des ménages qui anticipent la hausse du paiement des impôts futurs pour rembourser cette dette cumulée par les APU : pc diminue.
B – Investissement des entreprises

Nous nous intéressons à présent au comportement d’investissement des entreprises et à une des spécificités de cet agrégat, ses fluctuations à court terme (d’une année à l’autre). De nouveau, telle la consommation, l’investissement (I) ou Formation brute de capital fixe (FBCF) ne dépend pas d’un seul type d’acteurs économiques, ici les entreprises. En fait, la Comptabilité nationale englobe essentiellement dans la FBCF :
–        les achats de biens de production ou d’équipement des entreprises privées,
–        les achats de biens de production ou d’équipement des APU,
–        et les achats de logements des ménages.
Nous cherchons donc à expliquer les décisions d’investissement motivés par la recherche de profit (motif propre aux entreprises)9. Fixons quelques notations.
Soit Y(t) la production de biens et services marchands à la date t. Y(t) est produit à partir de facteurs de production, essentiellement du capital et du travail.
Soit K(t) le capital fixe ou physique des entreprises (l’ensemble des biens de production ou d’équipement dans les entreprises privées, ou encore « outil de production ») à la date t.
Soit I(t) l’investissement total des entreprises privées à la date t.
Le profit  est égal à la différence apparaissant entre le chiffre de vente ou d’affaires et le total des coûts de production. Ces coûts sont essentiellement composés des frais d’achat et d’entretien du capital et de la rémunération du travail. Mais les stocks sont coûteux également, on veut donc écouler toute la production.
Soit Yd(t) la demande globale de biens et services marchands émanant des consommateurs sur le marché à la date t. Afin d’éviter d’avoir à stocker, l’entreprise cherche à respecter l’égalité suivante : Y(t) = Yd(t). Cette égalité est ce qu’on appelle la contrainte de débouchés.

  1. Investissement de remplacement / investissement net

L’investissement de remplacement (ou de renouvellement) permet de maintenir le niveau du capital physique (l’outil de production) dans les entreprises, étant donné l’usure ou l’obsolescence du capital fixe, qu’il faut remplacer.
Soit & le taux d’usure du capital :

  1. a) en t-1, on avait un outil de production de niveau K(t-1) ;
  1. b) entre t-1 et t, &K(t-1) est devenu obsolète (consommation, amortissement ou usure du capital fixe, déjà évoqué au chapitre 2) ;
  1. c) si on veut au moins  maintenir le niveau des moyens de production, c’est-à-dire K(t) = K(t-1), il faut un minimum d’investissement, noté Ir(t), avec Ir(t) = &K(t-1). Ir(t) est l’investissement de remplacement.

Mais une entreprise qui souhaite augmenter ses parts de marché (ou résister à la concurrence), ne peut se contenter de maintenir à l’identique son outil de production. Elle doit investir par- delà le simple remplacement. D’où l’investissement net, noté Inet(t), qui mesure l’effort supplémentaire d’investissement.
Inet(t) = K(t) – K(t-1) : l’accroissement net de l’outil de production Or, la FBCF, ou I(t), correspond à l’investissement total (ou brut) : Inet(t) + Ir(t)
I(t) = K(t) – K(t-1) + &K(t-1)
Donc :                                               Inet(t) = I(t) – Ir(t)
Remarquons que c’est par l’investissement net que passe le processus d’accumulation du capital. En effet, comme Inet(t) = K(t) – K(t-1) :

  • si K(t) > K(t-1) : il y accumulation de capital,
  • si K(t) < K(t-1) : il y a « décapitalisation » de l’économie.
  1. Pourquoi l’investissement est-il si fluctuant à court terme ?

Dans la section A, on s’est interrogé sur l’apparente stabilité de la propension à consommer. Ici, on relève au contraire les fortes variations de l’investissement. « La volatilité dans le temps des dépenses d’investissement est, en effet, la principale composante des cycles économiques de court terme de l’économie »11.
La FBCF est un des emplois possibles du PIB (cf. chapitre 2 : PIB = CF + FBCF + X – M). Or, parmi ces emplois, la FBCF est la composante la plus instable à court terme. On a vu qu’à cause de la propension à consommer – facteur psychologique – la CF était au contraire peu fluctuante à courte terme même si sur deux décennies elle a eu à souffrir d’une propension à épargner croissante.
Pour justifier les fluctuations du taux de croissance de l’investissement qui, d’une année à l’autre, peut être positif puis négatif et inversement (contrairement à la CF qui suit un trend moins accidenté), au moins deux facteurs explicatifs peuvent être mobilisés : la rentabilité escomptée du capital et la demande globale.
La rentabilité escomptée du capital
Dans la section précédente, on déjà introduit la rentabilité escomptée du capital avancé ou investi : rc. Cette rentabilité dépend des flux de profits futurs de l’activité productive rendue possible grâce à l’investissement. Or, la rentabilité escomptée rc est comparée à la rentabilité escomptée des placements financiers r. En effet, l’entreprise doit arbitrer entre deux types d’investissement :

  • acheter du capital neuf (acheter de nouvelles machines sur le marché des biens et services pour produire plus – dans le « F » de FBCF, il y a bien cette idée de capital nouveau) ;
  • acheter du capital déjà existant (acheter des actions sur le marché boursier, c’est-à-dire acheter des parts du capital d’autres entreprises).

Keynes notait cette alternative : il serait absurde de créer une entreprise nouvelle à un certain coût si l’on peut acquérir à un coût moindre une entreprise existante du même genre.
Donc il y a concurrence entre investissement productif et investissement financier.

  • Quand la rentabilité des marchés financiers r est élevé, tel que r > rc, il est plus intéressant d’investir sur le marché boursier.
  • Quand la rentabilité des marchés financiers r est faible, tel que rc > r, il est plus intéressant d’acheter de nouvelles machines pour produire.

Par conséquent, on s’attend à ce que la FBCF soit décroissante avec le taux d’intérêt. Or, comme la rentabilité des marchés financiers est volatile, cela implique des variations à court terme de la FBCF.

La demande globale

Nous allons ici mettre en valeur un principe important de la macro-économie, à savoir le principe de l’accélérateur simple.
La rentabilité d’un investissement dépend également de la demande globale Yd(t). Pour produire Y(t) = Yd(t) (à savoir produire une offre égale à la demande pour éviter des stocks coûteux), on suppose qu’il faut un montant de capital fixe égal à K(t) = v Y(t). Le paramètre v est une donnée technologique connue à court terme, appelé coefficient de capital. On considère qu’en France ce coefficient est égal à 3.
Soit la variation de la demande DYd(t) = Yd(t) – Yd(t-1). Il faut adapter la variation de la production (c’est-à-dire de l’offre) à cette variation de la demande. Cela implique une variation de la production DY(t) = DYd(t).
Par conséquent :                    Inet(t) = DK(t) = DY(t) = DYd(t).
L’investissement net des entreprises dépend donc, non pas du niveau de la demande globale, mais de la variation de celle-ci.
Enfin, en ce qui concerne l’investissement total :
FBCF(t) = I(t) = Inet(t) + Ir(t) = DYd(t) + dK(t-1)
 

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